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Convoqué par le juge d’instruction : mise en examen ou témoin assisté, que faire ?

Photo du rédacteur: Maitre Aubin Campilla-Rogé
Maitre Aubin Campilla-Rogé
20 sept.
7 min de lecture

Recevoir une convocation d’un juge d’instruction signifie qu’une information judiciaire est ouverte et que votre nom y apparaît. Deux statuts sont possibles à l’issue de la première comparution : la mise en examen, qui ouvre des droits étendus mais expose à des mesures de sûreté, et le statut plus protecteur de témoin assisté. Le choix entre les deux ne vous appartient pas, mais il se discute — et il se prépare.

Cet article explique ce qu’est une instruction, la différence concrète entre les deux statuts, le déroulement de l’interrogatoire de première comparution, les mesures de sûreté qui peuvent être ordonnées, et la façon dont la défense se construit pendant les mois que dure une information judiciaire.


Qu’est-ce qu’une information judiciaire et pourquoi êtes-vous convoqué ?


L’information judiciaire — l’instruction — est la phase au cours de laquelle un juge d’instructionrecherche, à charge et à décharge, la vérité sur des faits qui lui ont été soumis par le procureur de la République ou par une victime qui a porté plainte avec constitution de partie civile. Elle est obligatoire pour les crimes et fréquente pour les délits complexes : affaires financières, trafics, violences graves, dossiers à multiples protagonistes. Le juge dispose de pouvoirs étendus — perquisitions, expertises, interceptions, commissions rogatoires, confrontations — et l’instruction dure souvent plus d’un an.

La convocation que vous recevez précise en principe la qualification des faits et le statut envisagé : convocation en vue d’une éventuelle mise en examen, ou en qualité de témoin assisté. Dans les deux cas, vous avez le droit d’être assisté d’un avocat, qui peut consulter le dossier avant l’audition. Ne pas se présenter expose à des mesures coercitives ; se présenter sans avoir lu le dossier revient à répondre à l’aveugle.


Mise en examen ou témoin assisté : quelle différence ?


Le juge d’instruction ne peut mettre en examen que les personnes à l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elles aient pu participer, comme auteur ou complice, à la commission des infractions dont il est saisi (article 80-1 du Code de procédure pénale). La loi ajoute qu’il ne peut y procéder que s’il estime ne pas pouvoir recourir au statut de témoin assisté. Ce statut intermédiaire est réservé aux personnes nommément visées par le réquisitoire du parquet ou par une plainte, mises en cause par un témoin ou une victime, ou contre lesquelles il existe des indices rendant seulement vraisemblable leur participation (articles 113-1 et 113-2).


Mis en examen

Témoin assisté

Critère

Indices graves ou concordants (art. 80-1)

Personne nommément visée, mise en cause, ou indices simples (art. 113-1 et 113-2)

Avocat et dossier

Oui : assistance, accès au dossier

Oui : assistance, accès au dossier

Demandes au juge

Demandes d’actes (expertises, auditions, confrontations), requêtes en nullité

Demande de confrontation avec les personnes qui le mettent en cause, requêtes en nullité

Serment

Ne prête pas serment

Ne prête pas serment

Mesures de sûreté

Contrôle judiciaire, assignation à résidence sous surveillance électronique, détention provisoire

Aucune

Issue de l’instruction

Non-lieu, ou renvoi devant le tribunal correctionnel / mise en accusation devant la cour

Ne peut être renvoyé devant une juridiction de jugement sans avoir été préalablement mis en examen

La mise en examen n’est pas une déclaration de culpabilité : elle signifie qu’il existe, aux yeux du juge, des indices suffisants pour vous associer à la procédure avec les droits de la défense. Mais ses conséquences pratiques et médiatiques sont lourdes. C’est pourquoi la défense discute, dès la première comparution, la consistance des indices, et peut ensuite demander au juge de revenir sur sa décision pour accorder le statut de témoin assisté, aux échéances que la loi prévoit (article 80-1-1).


Comment se déroule l’interrogatoire de première comparution ?


La première comparution est l’acte par lequel le juge d’instruction vous notifie les faits dont il est saisi et leur qualification juridique. Après avoir vérifié votre identité, il vous informe de vos droits : garder le silence, faire des déclarations ou être interrogé, l’interrogatoire ne pouvant avoir lieu qu’avec votre accord et en présence de votre avocat. Il recueille vos éventuelles observations et celles de votre avocat sur la mise en examen envisagée, puis décide du statut.


Deux choses doivent avoir été faites avant d’entrer dans le bureau du juge : la lecture complète du dossier par l’avocat, qui y a accès dans le délai préalable fixé par la loi, et un entretien approfondi avec vous pour décider s’il est utile de s’expliquer immédiatement — ce qui peut permettre de contester les indices ou d’obtenir le statut de témoin assisté — ou de réserver vos explications à un interrogatoire ultérieur, mieux préparé.


BON À SAVOIR

Si le juge d’instruction envisage un placement en détention provisoire, vous êtes présenté le jour même au juge des libertés et de la détention, qui statue après un débat contradictoire au cours duquel votre avocat plaide. Vous pouvez demander un délai pour préparer votre défense à ce débat ; vous pouvez alors être incarcéré provisoirement dans l’intervalle, pour quatre jours ouvrables au plus. Les justificatifs de garanties — domicile, emploi, famille, soins — doivent donc être réunis avant la première comparution.


Quelles mesures de sûreté peuvent être ordonnées ?


La liberté est la règle : la personne mise en examen demeure libre, sauf nécessité de l’instruction ou mesure de sûreté (article 137). Trois niveaux de contrainte existent, du plus léger au plus lourd :


  • Le contrôle judiciaire : obligations et interdictions choisies par le juge — pointage, interdiction d’entrer en contact avec certaines personnes ou de paraître en certains lieux, remise du passeport, interdiction d’exercer une activité, cautionnement, obligation de soins.

  • L’assignation à résidence sous surveillance électronique (ARSE) : obligation de demeurer à son domicile ou dans un lieu désigné, hors plages horaires autorisées, sous bracelet électronique.

  • La détention provisoire : elle n’est possible que si la peine encourue est criminelle ou correctionnelle d’au moins trois ans d’emprisonnement — ou en cas de soustraction volontaire aux obligations du contrôle judiciaire ou de l’ARSE (article 143-1) —, et seulement si elle constitue l’unique moyen d’atteindre l’un des objectifs limitativement énumérés par l’article 144 : conserver les preuves, empêcher les pressions sur les témoins ou victimes, empêcher une concertation frauduleuse, protéger la personne, garantir son maintien à la disposition de la justice, mettre fin à l’infraction ou prévenir son renouvellement, ou, en matière criminelle seulement, mettre fin à un trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public. Le juge des libertés et de la détention doit motiver, au regard d’éléments précis et circonstanciés, l’insuffisance du contrôle judiciaire et de l’assignation à résidence sous surveillance électronique.


Chacune de ces décisions peut être contestée devant la chambre de l’instruction, et la personne détenue peut demander sa mise en liberté à tout moment.


Comment se défendre pendant l’instruction ?


L’instruction est un terrain de défense actif, pas une attente. La personne mise en examen et son avocat disposent de leviers précis :

Levier

À quoi il sert

Demandes d’actes (art. 81 et 82-1)

Obtenir une audition, une confrontation, une expertise ou une contre-expertise, la production de pièces, une reconstitution : faire instruire à décharge.

Requêtes en nullité (art. 173)

Faire annuler par la chambre de l’instruction les actes irréguliers — garde à vue, perquisition, interceptions, géolocalisation, mise en examen elle-même pour un vice de procédure — et les pièces qui en découlent.

Demande de retour au statut de témoin assisté (art. 80-1-1)

C’est la voie pour contester l’existence ou la persistance des indices graves ou concordants : lors de la mise en examen ou dans les dix jours, puis tous les six mois, ainsi que dans les dix jours suivant certains actes (expertise, interrogatoire sur les résultats d’une commission rogatoire ou sur des déclarations à charge).

Demandes de mise en liberté et de modification du contrôle judiciaire

Obtenir la levée ou l’allègement des mesures de sûreté à mesure que les investigations avancent.

Observations avant règlement

Répondre au réquisitoire définitif du parquet et plaider par écrit le non-lieu, ou la réduction du périmètre du renvoi.

La stratégie s’adapte à chaque dossier : dans certains, tout se joue sur une nullité de procédure qui fait tomber l’essentiel des charges ; dans d’autres, sur des actes d’instruction à décharge ou sur la préparation, sur plusieurs mois, du procès à venir.


Ce qu’il faut retenir


  • Une convocation devant le juge d’instruction se prépare avec un avocat qui a lu le dossier : c’est le seul moyen de décider utilement de s’expliquer ou de se taire.

  • La mise en examen exige des indices graves ou concordants ; à défaut, le statut de témoin assisté s’impose. Ce point se discute dès la première comparution et peut être remis en cause ensuite.

  • La détention provisoire est l’exception : elle suppose une peine encourue d’au moins trois ans et l’impossibilité démontrée d’atteindre les objectifs légaux par un contrôle judiciaire ou une assignation à résidence sous surveillance électronique.

  • L’instruction offre des leviers de défense concrets — demandes d’actes, nullités, mise en liberté, observations avant règlement — qu’il faut utiliser au bon moment.


Questions fréquentes sur la mise en examen


Être mis en examen, est-ce être considéré comme coupable ?

Non. La mise en examen signifie que le juge estime disposer d’indices graves ou concordants justifiant que vous soyez associé à la procédure avec les droits de la défense. La présomption d’innocence demeure entière jusqu’à un éventuel jugement, et de nombreuses instructions s’achèvent par un non-lieu.


Combien de temps dure une instruction ?


Il n’y a pas de durée fixe. Selon la complexité des faits, le nombre de personnes mises en cause et les expertises nécessaires, une instruction dure généralement de un à plusieurs ans. La défense peut demander au juge de clôturer lorsque les investigations utiles ont été accomplies.


Puis-je consulter mon dossier ?


Votre avocat a accès à l’intégralité du dossier et peut en obtenir copie. Vous pouvez en discuter chaque pièce avec lui ; la diffusion des pièces à des tiers est en revanche strictement encadrée.


Que se passe-t-il si je ne me présente pas à la convocation ?


Le juge peut délivrer un mandat pour vous faire conduire devant lui par la force publique. Il est toujours préférable de se présenter, assisté, et de faire valoir ses arguments.


Devant quels juges d’instruction le cabinet intervient-il ?


Le cabinet assiste ses clients devant les cabinets d’instruction du tribunal judiciaire de Nanterre, de Paris et des autres tribunaux d’Île-de-France, ainsi que devant les chambres de l’instruction des cours d’appel de Versailles et de Paris.


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Appelez le cabinet sans attendre : plus tôt l’avocat est saisi, plus la défense est efficace.


Aubin Campilla-Rogé

AVOCAT PÉNALISTE — BARREAU DES HAUTS-DE-SEINE

Maître Campilla-Rogé intervient exclusivement en droit pénal général et en droit pénal des affaires, devant toutes les juridictions répressives et à tous les stades de la procédure. Cabinet au 1, rue Carnot, 92100 Boulogne-Billancourt.

Article d’information générale, à jour des textes en vigueur au 18 septembre 2026 (numérotation actuelle du Code de procédure pénale, applicable jusqu’à l’entrée en vigueur de la recodification au 1er janvier 2029). Il ne remplace pas l’analyse d’un dossier par un avocat.

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